La Mega bouillonnante (104km – D+ 4400m)

Elle a tout d’une grande … mais c’est une grande !!!

La bouillonnante!

Rien que son nom fait vibrer la plupart des trailer belges.
Pour ceux qui ne la connaissent pas, il s’agit d’une course hyper populaire de Belgique. De celles tellement prisées qu’elle risque un jour ou l’autre de devoir changer sa manière d’inscription. Que ce soit avec des points de qualification ou des tirages au sort.

Mega Bouillonnante - ambiance chateauIl faut dire qu’elle a de quoi séduire :
- Un superbe château pour lieu de départ et d’arrivée
- Une région escarpée autour de la Semois
- Des bois
- Des crêtes à la pelle
- Des km de single track à en perdre la vue
- Des promenades technique
- Une organisation familiale made in passionnés pour passionnés
- …

L’année dernière, après 2 participations au 56km et après avoir vécu d’énorme embouteillage en dessous du rocher du pendu, je m’étais dit que je ne reviendrai que si le 100km qui se murmurai prenait vie … mon souhait à été réalisé :roll:
Même si je ne m’attendais pas à une affluence folle aux inscriptions de ce 104km (et 4400m de D+), j’étais présent ce samedi 6 décembre à minuit devant mon pc … et bien m’a pris car 30 minutes plus tard, la course affichait complet . 316 inscrits … dont moi 8-)

Étape 0 – Départ

Le début d’année est entièrement destiné à la préparation de l’année sportive. Si elle avait plutôt bien commencé, le dernier mois fut plutôt chaotique : Maladie, fatigue (physique et mentale), … résultat, prise de 3kg et ralentissement des intensités d’entrainement. Je ne suis pas prêt! Mon objectif passe de “aller jusque Frahan2 prudemment et me tester sur la fin” à “finir et engranger des kms”.

C’est même avec un début de gastro et une sieste de 20’ dans les pattes que je quitte la maison en direction de Bouillon. Il fait nuit et le trajet est déjà dur … “olala, j’ai du mal à garder les yeux ouvert et dire qu’il y a 6h de nuit qui m’attendent … ça va être vraiment dur”.

Une fois sur place, je me gare à la même place que les 2 années précédentes, vais chercher mon dossard et retourne à la voiture pour me changer tranquillement. La musique à la radio et la douceur de la nuit me réveille tout doucement. Il est 23h15 et je suis prêt !!

La bouillonnante est ma première course depuis 3 mois, je suis partagé entre la joie de enfin re-porter un dossard et le questionnement “me suis-je bien préparé pendant l’hiver?”. J’aime encore bien ce sentiment d’inconnue ;-)

Mega Bouillonnante - avec VincentJe retrouve Vincent et on entre ensemble dans la cour du château (lieu de départ des course). L’ambiance est donnée par un groupe d’allumés.
Des consignes d’avant course, je retiendrai surtout :
- D’après la météo norvégienne, le nuage de pluie va passer à coté de nous
- Le passage des gués se fait aux kms 100 et 102, on sera donc sec jusque là

A minuit, le départ est donné. Alors qu’on pense se balader tranquillement jusque la sortie du château, on est surpris de tout de suite trottiner (évidement, le tunnel est moins encombré à 300 qu’à 1000) . Deuxième surprise, il y a pas mal de monde venu encourager !

Étape 1 Bouillon -> Frahan

11216294_10206482600091846_1509752679_nAprès trois participation, le début de parcours n’a plus beaucoup de secret … si ce n’est la joie de découvrir ces chemins en mode nuit:
- découvrir à quel point la montée du rocher du pendu est … pentue
- le respect de la trace dans la descente suivante
- les crêtes de Frahan en version nuit
- …

Un invité surprise nous accompagne dans ce début de course: la poussière. 3 semaine qu’il fait sec. On évolue dans un nuage constant de poussière. Parfois il pique les yeux. Souvent il réduit la visibilité et dérange la respiration.
Sans les traditionnel bouchon, je réalise mon meilleur chrono jusque Frahan. Pause pipi et on repart pour la parti qui me réjouis le moins : les longs faux plat jusque Mouzaive.

Étape 2 Frahan –> Mouzaive

Il faut d’abord remonter sur le plateau. Une nouvelle fois la nuit nous permet d’apprécier la côte grâce à tous ces petits points lumineux qui brillent de plus en plus haut !
Puis arrivent les larges chemins plats. Pour le coté ludique, ils ont été labourés. Toujours accompagné de Vincent, je mets en marche le petit train (en maintenant une dépense d’énergie plutôt qu’une vitesse). On mange toujours autant de poussière. Et après 2h, ça commence à peser !
Après une heure de roulant, Vincent commence à avoir mal au dos et se fait distancer dans une longue descente. Je sais qu’il est un peu plus loin, mais qu’il y a une grosse montée avant Mouzaive (où il m’avait rattrapé l’année dernière), je ne me pose donc pas trop de questions et continue à gérer mon effort au mieux.

Puis à 3H, qq goutes. La météo norvégienne s’est trompé (et de beaucoup, mais ça, je ne le sait pas encore) Voilà la pluie tant redoutée (je n’en voulais pas de nuit). 10 secondes après c’est le déluge. Arrêt pour vite effiler le Kawe .. seulement, pour éviter de le perdre, je l’avais attaché dans les bâtons … je prends donc un temps fou pour m’habiller et grâce à cette grosse pluie qui mouille, je suis trempé !! et Vincent est de nouveau avec moi.

L’averse va durer 10’. Assez pour nous rincer, faire disparaitre la poussière, et augmenter encore l’humidité de l’air, et mouiller tout ce qui se fait à base de pierres dans les environ (et il y en a).
On fait la longue ascension ensemble. Il reste une descente technique puis on est au premier ravito.
Cette descente technique, ce ferra à 0,2km/h derrière un connard qui fait dans son froc à chaque caillou mais n’aurait jamais eu à l’idée de laisser passer le bouchon qu’il était en train de faire … c’est justement ce monde derrière moi qui m’a aidé à ne pas le pousser dans le vide :evil: !!!

Étape 3 Mouzaive –> Sugny

Le premier ravito est un peu mal foutu. Trop étroit et finalement un peu trop léger à mon gout. J’en profite pour boire 2 tasses d’eau et manger un peu de fromage. Puis j’attends 10’ que papy Vincent aie fini tous ses soins et préparatifs.
Il est 4h. Ca fait 15’ qu’on est arrêté et je commence à avoir froid… mais ça ne durera pas car la partie qui se profile devant nous va être VIOLENTE !!! avec une succession de murs, descentes techniques et Crêtes. Le tout dans le noir … et avec la pluie qui est revenue nous dire bonjour et qui ne nous lâchera plus jusque 9h.

Je suis déjà bien entamé physiquement. Un peu comme tout le monde autour de moi. Je ne sais plus depuis quand, ni comment, mais Vincent n’est plus avec moi.
La fatigue commence à prendre le dessus et, à cause de la pluie, le jour tarde à se lever. « Allez c’était la dernière descente à la frontale ! » La lumière commence à se faire suffisante et on se motive comme on peut. Le temps de monter cette bosse et ce sera ok. La lumière du jour ne peut que me faire du bien.

La première descente à la lumière du jour est roulante et longue. J’en profites pour un peu accélérer. En bas, je crois reconnaitre Françoise (croisée à la remise des dossards) une grosse centaine de mètres devant et je fais l’effort pour la rejoindre. 2-3 mots puis me fais décrocher le temps de récupérer de l’effort consenti les derniers km. Comme elle ne semble pas vouloir courir accompagnée, une fois mon souffle retrouvé, je pars seul devant à la conquête de Sugny.

C’est un zombie-bender détrempé, frigorifié, tenant à peine debout qui débarque à la base de vie de Sugny. Il est 7h30 et c’est la mi course. J’en profite pour m’assoir au chaud. Remplir la poche d’eau, boire un potage et manger qq morceaux de fromage et de chocolat (le choix en “dur” est de nouveau un peu léger pour de telle distance :-( ). Alors que je me demande comment affronter le reste de la course, c’est Vincent qui arrive. Il a trop mal au dos et va abandonner. Comme j’étais entre deux eaux (parfois trop chaud – parfois frigorifié) je décide d’enlever mes 2 couches de nuit complètement détrempées pour les remplacer par ma couche de jour plus ou moins sec … seul bémol, il faut remettre un kawe complétement gorgé d’eau dessus. Ce choix pas nécessairement évident à faire, s’avérera être un bon choix ;-)

Étape 4 Sugny – Mouzaive : un trio franco-belge (comme il y a 2 ans)

Après une vingtaine de minutes, je décide de quitter la chaleur de la base de vie pour affronter les 51km restant. La pluie semble vouloir nous donner un peu de répit. Qq pas de trots suivis d’un pipi et la température corporelle redevient bonne.
Autant la première partie de la boucle 104 km était sauvage, autant celle ci sera roulante. Après qq minutes, je me retrouve à courir avec un autre trailer. Je me décide de rester avec et donc, dès qu’il se met à marcher pour ménager son genou, je marche avec. Il a bon me dire d’y aller, je lui réponds que courir seul 50m devant ne m’intéresse pas. Que parler me fait du bien et que sauf si je craque, je reste avec lui au moins jusque Mouzaive. (le pauvre, si il se doutait du cadeau empoissonné que j’étais en train de lui faire :oops: )

Mega Bouillonnante - on y estLe rythme me convient. Le fait de ne plus être seul et pouvoir parler me revigore. Je retrouve le sourire et l’envie d’avancer. Les kms défilent et on se retrouve bientôt à 3. Le dénivelé commence à refaire son apparition, mais ca va. Le troisième laron redoute le mur qui se profile devant nous. « tranquillement à ton rythme, on t’attend en haut » qu’on lui répond. Je preds les rennes et donne un tempo régulier. Quelque minutes plus tard on est en haut en ayant transpiré juste ce qu’il faut … et Jeremy est juste derrière nous !
Les derniers kilomètres avant Mouzaive redeviennent dur. Je recommence à trainer la patte. Mes compères m’attendent et m’encouragent. C’est un peu avant midi qu’on l’on arrive sous le chapiteau du ravitaillement … juste à temps pour être à l’abri d’une nouvelle averse.

Tel un gros bourrin, je m’installe dans le “bar”, me sers un coca. Cette petite pause discussion avec les géniaux bénévoles fait du bien. Mes compagnons m’oblige un peu à repartir … ils ont raison, le problème quand on est bien, c’est qu’on risque de ne jamais repartir …

Étape 5 Mouzaive –> Frahan

A partir d’ici, je connais de nouveau … et vais essayer de dispenser mon savoir :roll:

Alors que l’on quitte notre tonnelle sous la pluie et que l’on s’attaque directement à un long mur, nous faisons connaissance avec nos nouvelles conditions de course : le dépassement des “56”. Nous sommes au alentour des 15eme de la distance. Ils ne montent pas tellement plus vite, si ce n’est qu’ils relancent beaucoup plus tôt et vite que nous … et ils sont en tee-shirt (ca, ca nous épate … surtout au vu de la façon dont on est en train de se faire rincer).

L’effet coca-ravito dure en général 30’. Il faut donc en profiter. Tant que l’effet se fait sentir, on relance dès que possible et avance un max.
Pas de vrai difficulté, mais ca monte et descend tout le temps. Je commence à suivre de plus en plus loin de mes comparses. Ils attendent de plus en plus, mais même si ca devient dur, je m’accroche.

Le soleil commence à vouloir prendre le dessus sur les nuages. Mes équipiers décident donc de se mettre en tee-shirt. Moi je continue encore 100m et m’assied sur un tronc d’arbre … puis décide aussi de faire tomber le kawe. 5’ assis à les attendre (je suis au moins plus rapide à une chose ;-) ) et puis on peut repartir direction Frahan.

Mais avant, il y a 5km de versant de colline à se farcir. Autant j’avais un bon souvenir de l’année dernière, autant je vais détester cette année:
Single trace technique dans lequel on bouchonne les 56. Les sentiers sont assez dangereux car étroits et en bordure de “talus ». On doit choisir les endroits où les laisser passer si on veut éviter une chute qui serait plutôt douloureuse. retour vers FrahanMais en plus de cette technicité et, les tempêtes de début d’année ont parsemé un nombre incalculable d’arbres. Même ceux qui ont les jambes sont incapable de courir. Tous les 50m on doit passer au dessus ou en dessous d’un arbre couché. C’est vraiment hyper pénible. Un des meilleur endroits gâché de la sorte.

Arrive enfin la Semois. Je suis presque content de retrouver cette rue qui m’a déjà tant fait souffrir mentalement. Mais après 1 km de trot, je décide de marcher jusqu’au ravito

Étape 6 Frahan – Tombeau des Géants

Je suis à bout. Cacahuètes et coca puis je m’assieds en attendant les potes. Concentration. J’essaye de me motiver pour la suite que je sais terrible !

De nouveau l’effet post ravito se fait sentir. Nous sommes au pied de “The Wall”. Il faut y aller. Bloqués par des 56 qui sont en difficulté, on montera TRÈS calmement… mais le principal, c’est d’arriver en haut ;-)
Une fois là haut, c’est au tour des échelles. Ce n’est pas elles qui sont compliquées, mais les sentiers autour. C’est raide et technique. Les pieds deviennent très douloureux et je suis à la traine dans ce qui est normalement ma spécialité. Mais, globalement, ça passe. Lentement, mais ça passe. Dans le fond, on dépasse une joelette. Sacré performance mais qui, honnêtement, tient quand même de l’inconscience tellement le passage est difficile.
Même si je suis principalement à la traine, les jambes en ont encore un peu à donner. Et dès que ca monte raide, je reprends les devants comme notamment dans The Wall 2 (talus droit dans la pente et sur des éboulis de pierres).

Ca fait une heure que je répète en boucle ce qu’il nous reste à faire… dans ma mémoire, maintenant, c’est une longue descente roulante … mais, en fait, j’ai oublié qu’il y avait d’abord une belle descente avec une nouvelle montée raide en face … petit oubli qui déprime et amuse mes compagnons de course.
Une fois, en haut de cette difficulté oublié, on est devant cette longue descente que je connais. Dernière chance d’avancer. Je prends les devants et on se retrouve en bas en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire. Le groupe s’est bien accroché (2 filles du 56km sont épatées de notre foulée par rapport aux autres 104 qu’elles ont dépassé), on on est descendu à un peu plus de 10km/h de moyenne (pas mal avec 95km dans les canes). En bas, il faut remonter directement vers Botassart. Je continue devant, remonte le ruisseau et une fois que ca monte un peu moins fort, l’équipe se reforme. Encore 1km puis c’est le dernier ravitaillement.

Étape 7 BOUILLON

Mega Bouillonnante - 2eme passage SemoisDe nouveau, les sourires, la bonne humeur des bénévoles ainsi que du coca… et évidement une place assise obtenue en “virant” un bénévole. 5’ d’arrêt puis il faut de nouveau partir … dommage car une nouvelle fois, j’étais bien assis ;-)
Ca y est, on va aller se mouiller les pieds … mais avant, il faut redescendre au niveau de la Semois … et c’est droit dans la pente. Au moins, ainsi, on est vite en bas.
La première traversée est la plus dure. De l’eau jusqu’à hauteur de taille. Il fait nuageux, l’eau est froide, mais pas le choix, il faut avancer … en faisant attention aux rocher dans le fond de l’eau. Une fois de l’autre coté. C’est horrible. Gelé, j’ai mal partout. J’arrive à peine à bouger. La larme aux yeux, je suis 100m derrière les copains. “allez cours un peu pour te réchauffer” c’est mots sont assez directif, mais ont la bonne idée de fonctionner. Je me remets à courir et 200m plus tard, tout va de nouveau mieux.

Lorsque les gués sont ouvert, le chemin du retour est moins monotone. On remonte sur le tombeau et parcourt de chouettes monotraces. Ca commence à sentir très fort l’écurie et le sourire revient.
Place au deuxième gué. Il est moins profond et baigné par la soleil. La traversée en est agréable. Seul bémol, le courant est quand même fort et il n’y a aucun bénévole pour assurer la sécurité (ca m’étonne quand je vois leur omni présence sur tout le parcours).

Mega Bouillonnante - derniere ligne droite2 km plus tard c’est le belvédère. Il reste à descendre une dernière fois droit dans la pente en direction du château. L’euphorie commence à prendre le dessus sur la douleur.
On est en bas, un peu de route puis la remontée vers le château. Mes compagnons courent, j’essaye de les suivre d’un peu plus loin. Les escaliers sont mangés. Il reste le talus d’arrivée.
C’est la victoire. Je n’ai presque plus mal et “cours” sous les ovations du public. Que c’est bon. Puis le chapiteau. Enfin. Un peu moins de 17h de course ! Je ne me rappelle pas avoir eu aussi dur sur une course, mais je l’ai fait !
Heureusement que je me suis retrouvé dans ce groupetto, car sans ca, je pense que le retour à bouillon aurait été vraiment compliqué !