Marathon de Dusseldorf

Attention, je vais être long, très long, mais que voulez vous, quand on a beaucoup de choses à dire et qu’on a deux jours de congé pour les raconter :roll:
Voici donc ma nouvelle bible d’un jour. La bien nommée :

Les 15 commandements du marathonien

1. Ton marathon tu choisiras
Lors de la préparation du calendrier sportif de l’année, je voulais faire 2 marathons pour le chrono auxquels j’aurai ajouté le marathon jubilee de Stockholm pour la promenade. Cette vision des choses obligeait donc à organiser un marathon début Avril et un fin septembre. Je ne veux pas faire un gros déplacement, mais début avril, il y a qd même le choix : Paris, Anvers, Rotterdam, … aucun ne m’inspire vraiment. C’est là que madame bender me rappelle cette petite dame au marathon expo d’Amsterdam. Celle à qui j’ai pris poliment son fascicule publicitaire pour sa course dont je n’avais rien à battre. J’avais même poussé la comédie à lui poser une question pour pousser le mime du mec intéressé. Le marathon, qu’elle essayait de me fourguer était celui de Düsseldorf ! Date : 29Avril. Distance de la maison : environ 1h40. Belle ville. Possibilité de croiser ma fidèle supportrice 5 fois sans forcer. Organisation et ambiance allemande ça doit le faire. Un magasin d’usine Esprit à 20 minutes de là pour plaidoyer la cause « marathon » auprès de madame. En fait, finalement, j’ai bien fait d’être poli ce jour-là, car mon choix est fait, ce sera Düsseldorf !! … et, en plus, j’ai de la doc ;-)

2. Un objectif tu te fixeras
Ici, pas de soucis, je n’aurai pas eu besoin de centaines d’heures de réflexion.
Lors de mon premier marathon, je m’étais juste fixé de le finir. Mon temps de 4h08 ne laissait pas d’autres interprétations. Pour le prochain, je viserai le temps de 4h. Temps référence qui nous permet de paraitre dans un journal new-yorkais très connu lors d’un marathon tout aussi connu.

3. Pour le jour J tu t’entraineras
A objectif de taille, ce sera préparation de taille. Pas de programme de 8 ou 12 semaines, mais plutôt 4 modules de 4 semaines plus une de recup. (Bon ça, c’est la théorie de début hein :roll: ). Ce sera donc 17 semaines plus ou moins organisées. Comme l’année dernière, je profites de la période de noël pour retrouver les joies des sorties course à pied après une trêve propice à l’engraissement :oops: . Le 2 janvier commence mon “programme” de préparation : tout d’abord 3 semaines en mode trail, avec le plus de dénivelé possible pour travailler la puissance. Ensuite, les contraintes d’horaire de madame, les maladies, le boulot, les crêtes de spa vont provoquer un manque flagrant de structure dans mes semaines d’entrainements si ce n’est une alternance des séries de fractionnés court – long et sorties longues. Tout en m’assurant une semaine de repos de temps en temps (les refroidissements sont là pour ne pas les oublier). Un gros coup de mou mi-mars(la prépa devient longue), mais la réussite de mon premier objectif de l’année (les crêtes de spa en moins de 2h) me redonnera du baume au cœur pour les 4 dernières semaines. J’allonge donc les sorties deux semaines. Une semaine un peu plus calme puis une semaine de recup durant laquelle tous les doutes entrent en jeu.

4. La stratégie de la jambe de bois tu utiliseras
On y est, dernière semaine avant le jour J ou M suivant les personnes. Le régime alimentaire pré marathon commence. Moment où le marathon est plus proche que jamais où on entre dans le vif du sujet. Je réalise qu’il ne reste que qq jours. Ma prépa était assez foireuse, j’ai les jambes en coton, je suis fatigué, le “raté” de JMJ me trotte dans la tête … et si moi aussi je passais à côté. J’ai crié tellement haut et fort que mon objectif serait de moins de 4h (alala, moi et ma grande g.). Que se passerait-il si j’échouais? :?   Comment est-ce que je réagirai ? Il faut à tout prix utiliser la stratégie de la jambe de bois -> paf mon corps m’offre l’excuse idéal : début de rhume. Tout ceci augmentent encore mon stress, mais m’offre une excuse, un échappatoire … Plus qu’à prendre un jour de congé vendredi histoire de me reposer un max (j’ai quand même envie de réussir) et je suis prêt pour Düsseldorf! ;-)

5. Un souvenir de ton voyage tu ramèneras
Samedi début d’après-midi, on arrive à Düsseldorf, le GPS annonce une arrivée dans 18minutes. Trémille, limitation à 100 km/h et … première photo de mon marathon :evil:

6. Aux tentations locales tu résisteras
Samedi 17h. Dossard retiré, sacs installés dans la chambre. Il est temps d’aller se promener un peu en ville. Ça tombe bien, l’hôtel est dans un piétonnier … mais quel piétonnier !! : Apparemment, les allemands ont une autre définition de ces piétonniers que nous …. pas (ou presque pas) de magasins … seulement des cafés et restaurants.
Entourés de tonnes de nourriture gastronomique allemande à base de saucisses et m3 de bières servies dans des chopes toutes plus impressionnantes les unes que les autres, faut être fort. Je me répéte sans cesse que je cours le lendemain et que je dois être fort, mais que c’est dur :cry: . Comme question magasins, on repassera , il ne nous reste plus qu’à s’arrêter à une terrasse pour commander une …. eau pétillante … puis direction … un italien (il y a quand même le plaisir de recharge des stocks de glycogènes)

7. Le petit rituel habituel tu respecteras
Pas superstitieux pour un sous, comme ça avait été mon choix à Amsterdam et que malgré la sauce un peu grasse ca m’avait bien réussit (objectif atteint) je me décide de prendre des pâtes au gorgonzola. De nouveau, les pâtes baigne dans la sauce, mais pas de soucis j’attaque l’assiette tel un affamé n’ayant pas vu une assiette depuis plus de 4 mois, et … 1 minutes 10 secondes plus tard, l’assiette est vide. Je redemande la petite sœur au serveur qui semble surpris :shock:   … et oui, les marathoniens sont de grand mangeur…

8. Sur le repos tu insisteras
De retour à l’hôtel vers 20h, je prépare mes affaires pour le lendemain et direction le lit. Il faut bien se reposer! Le choix de l’hôtel avait été fait suivant ces règles: entre le départ et l’arrivée (pour éviter les errements rencontrés à Amsterdam :roll: ) et dans un coin qui semble calme. Pour cela quoi de mieux qu’un piétonnier plein de magasins qui ferment à 17h … seul problème mon piétonnier était remplis de cafés retransmettant tous les matchs de la bundesligua -> résultat un bordel sans nom réunissant chant de supporters, drogués, bagarres, flics et ambulances jusque 3h du matin :evil:   :evil:   :evil:     . Debout à 6h30 pour manger, c’est un petit peu la tête dans le cul qu’on se dirige vers le départ. :?

9. Comme prévu tout ne se passera pas !
10 petites minutes de marche on est au départ, derniers explicatifs des points de rendez-vous, une photo d’avant départ et ma petite femme me laisse 15 minutes avant le départ.
Je me rends compte que j’ai oublié bob l’éponge carré dans la veste de madame :roll:    . Et avec le temps prévu, je risque d’en avoir fort besoin. Vite un sms à madame qui me répond qu’elle est au premier km et que je sais récupérer bob sans difficulté. Ok premier petit stress vite oublié. :)

9h, petit cours d’allemand pour compter à rebours à partir de 10 et nous voilà parti. Premiers kilomètres dans la cohue, même si il y a moins de monde qu’à Amsterdam, il est difficile de trouver le bon rythme dans les premiers km!

Après deux kilomètres, je me rends compte que j’ai perdu un gel. 200m plus loin ma gourde tombe. Grrr, mais ça va je la ramasse directement :evil:    . Vite réfléchir. :idea:    Madame ne fera pas “que” supportrice, photographe et marcheuse, elle fera aussi baudet. C’est donc avec une gourde et 3 gels en main (moi qui déteste courir avec qq chose en main) que je rejoins notre deuxième point de rencontre (7eme km) ou un peu à sa surprise, je lui bazarde tout dans les bras en lui criant qu’il me faudra le grand gel pour le 22eme km. La pauvre. De mon côté, cool, les mains libres, je peux enfin pisser :mrgreen: :oops:

10. Ton allure tu surveilleras
Ce départ un petit peu agité derrière moi, je peux rentrer à fond dans ma course. Comme le dit si bien Folichon : 30km d’échauffement puis 12 km de course. Il faut donc garder le rythme (ne pas oublier que je suis incapable d’accélérer après 2h de course) prévu au départ sans trop se fatiguer. Pour cela: la montre pour l’allure et les sensations du moment. J’ai donc dû regarder entre 9000 et 198000 fois ma montre pour surveiller cette satané allure de 5’35” du kilomètre (qui a dit que c’était les jambes qui travaillaient le plus dans un marathon ? ;-)   ). … avec des actions assez différentes suivant le moment de la course: lors du premier semi, chaque coup d’œil sur la montre, m’obligeait à ralentir … tandis qu’au deuxième semi, chaque regard sur cette montre m’obligeait à relancer en voyant que j’étais presqu’un km/h trop lent sur l’allure fixée … :?

11. Auprès de tes proches, des forces tu trouveras
Après un premier semi à entendre folichon me répéter de rester cool, je passe au deuxième semi. Là ça a été dur dès le début. Les jambes qui se raidissent dès le 22eme km. Beaucoup trop tôt. Je ne peux m’empêcher de penser à JMJ et ses crampes dès le 19eme km à Annecy. Non pas ça pour moi. Je vais devoir adopter un style de course ne tendant pas trop les jambes très tôt.

Je n’ai pas beaucoup de marche de manœuvre et décide donc coute que coute d’essayer de rejoindre le 32eme en 3h, ce qui me donnera justement une vision moins apocalyptique de ma situation. La pensée de mon épouse m’attendant au 33eme sera ma seule vision pendant 4km à relancer tous les 100m car je faiblis. 2h57 au 32eme. Je suis tout bon, ça me redonne du baume au cœur, et en plus, j’ai trouvé un rythme plutôt correct où je ne sens pas trop les jambes.

A ce moment, je me mets même à rêver du negative split. Là, c’est bob orange et sa quête de ce graal qui sera dans mes pensées et me poussera à me sublimer.

Ensuite, ponctuellement, je me suis repassé toutes les rencontres avec les forumeurs. Les différentes expériences passées, tous les mots d’encouragement reçus … y a pas à dire, si on part seul à la conquête du marathon, c’est accompagné qu’on le réussit ;-)

12. Le negative split tu essayeras
Justement, ce negative split. Je suis passé le semi en 1h58. Si je fais 3h55 je suis largement en dessous. Ce calcul d’allure/distance à parcourir/temps restant sera fait entre 3 et 4 fois par km (qui semblent de plus en plus long au fur et à mesure de la course… bizarre, il faudra que je vérifie la carte :roll: ). A chaque calcul un résultat diffèrent tantôt je passe, tantôt je casse, mais toujours la même conclusion : continue : « Pas de regrets ». C’est à la flamme rouge que j’arrêterai tous ces calculs car, dans ma tête c’est dans la poche. Accélération de 800m …… puis, ……  punaise, c’est vraiment long un km et c’est avec mes dernières forces que je parcours les 200 dernier mètres puis l’arche, la victoire, la gloire, les filles (bons pour les 2 derniers je repasserai ;-) :cry: )

13. Par toutes les émotions tu passeras

- Le stress du départ et des premiers petits kwaks
- L’énervement de la cohue, de la gourde qui tombe
- Le soulagement du premier pipi
- La lassitude du 10eme km après une heure à me brider
- L’admiration quand je croisse ces extra-terrestres qui vont boucler le marathon en moins de 2h10
- Les doutes lorsque au 22eme km je commence à avoir les jambes qui se raidissent (déjà) alors que j’ai passé le semi en 1h58 et n’ai donc pas beaucoup de marche de manœuvre.
- Le découragement au 26eme : si loin du départ et si loin de l’arrivée. Tant de km à parcourir alors que les forces commencent déjà à faiblir dangereusement
- La joie de voir le sourire de mon épouse au 22eme et 33eme kilomètre.
- La confiance quand je suis passé le 32eme en 3h (et que je ne dois plus qu’assurer du 10km/h jusqu’à l’arrivée)
- Le malaise au 35eme lorsque je passe à côté d’un homme couché à terre en train de recevoir des soins ou au 30eme quand je m’arrête pour laisser passer une ambulance
- Le surpassement au 37eme quand je me dis que je peux faire un négative split (à toujours se demander où on va chercher cette force)
- L’envie de pleurer au 38eme quand tout fout le camp et que je me rends compète qu’on finit par un aller-retour. Que je suis en faux plat descendant et que j’arrive à peine à garder le rythme. Que ce demi-tour n’arrive pas.
- Le retour d’une force éphémère au 41eme quand le double objectif est presque dans la poche
- L’éclatement au 42,196eme km, après 3h54’44” de course quand je me rends compte de tout ce que j’ai parcouru depuis 3 mois (entrainements et course). Que tout est fini.
- La fierté de cet effort, de ces sacrifices qui n’ont pas été vain.
- … et tant d’autres indescriptibles même dans un CR de 5 pages

14. Les folies d’après course tu éviteras
Là, comme tous sportifs du dimanche qui se respectent, je vais me jeter sur tous ce qui m’a été interdit ces derniers jours … à commencer par ces chopes qui m’ont fait de l’œil la veille !! Une douche puis direction le café du coin où je pourrai savourer ma victoire avec un demi-litre de bière allemande bien fraiche sous un soleil qui m’aura bien économisé pendant la course.

Puis retour à la maison : 2 bouteilles de champagne pour fêter mon retour … suivie de la grosse frite accompagnée du cheesburger qui va bien comme repas de recup ….. et pour clôturer cette belle journée qq chips devant la télé … j’ai un peu honte :oops:

Pour en finir avec les exagérations du week-end, le lendemain, après avoir tondu la pelouse, j’étais sur la ligne de départ du jogging de la nuit de mai de Stavelot. Histoire de faire les 10km avec mon épouse qui faisait son premier jogging. En dessous d’une heure. Objectif réussit aussi pour elle aussi !! Chouette week-end et Bravo à elle !

15. Le record du monde du CR le plus loin tu battras
Voilà, enfin, la fin de mon récit. L’avantage de ne pas faire le marathon le même week-end que tout le monde, c’est que je peux écrire, écrire et encore écrire … et j’ai même une chance d’être lu intégralement par certains d’entre vous ;-)